Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

What's up doc ?

A voir


undefinedundefinedundefinedundefinedundefinedundefined ug_fck

Recherche

Jeudi 26 juin 2008
La tentative berlusconienne de notre président pour verrouiller les médias français devrait nous faire rire, nous énerver et nous inquiéter tout à la fois.

Rire, parce que ce qu'Albanel tente avec sa loi dite "hadopi", du nom de la commission (ou autre appellation) qui sera en charge de définir la graduation de la riposte face à l'internaute pirate, est un doux rêve dans la pratique.
A tel point que les fournisseurs d'accès de l'AFA et même Free ont balancé un communiqué récemment indiquant que cela commençait à faire beaucoup, que les accords antérieurs passés avec l'Elysée n'étaient pas respectés et que concrètement, supprimer l'accès internet sans toucher aux emails, TV et téléphonie pour la grande majorité des personnes en contrat triple play relevait du défi technique d'une part et d'une atteinte aux libertés individuelles d'autre part. Lire entre les lignes : on ne va pas se facher avec nos clients pour vos conneries.
Les autres acteurs du cyberespace se gondolent de rire lorsqu'ils entendent le mot "contrôle" appliqué aux flux internet. Les gros téléchargeurs ont déjà deux décennies d'avance technologiquement parlant sur les gentils logiciels chargés de les pister. Les anonymiseurs, les serveurs écrans, les cryptages et autres réseaux privés ne pourront être cassés sans toucher aux libertés individuelles si chères aux capitalistes de tous poils. Ce qu'ils n'ont pas compris, c'est la dimension collaborative du web, très souvent non commercial, qui permet à tout un chacun d'obtenir une solution à son problème. Les forums d'entraide informatique, les logiciels freeware ou wikipédia en sont les exemples les plus flagrants. Et là, ils ne s'attaquent pas qu'aux internautes français mais à l'ensemble de la planète. Autant dire que c'est perdu d'avance pour eux...
Et puis, franchement, le salarié qui utilise le réseau de son entreprise à titre privé - même si c'est interdit sur le papier, cela existe dans la réalité -, ils vont faire quoi les hadopiens : envoyer les semonces et puis couper l'accès internet à 2000 salariés parce que le DRH  a téléchargé le dernier Céline DION ? Non franchement, ils feraient mieux de réflechir à étoffer les offres légales de téléchargement
.

Nous énerver parce qu'une tel tentative éhontée, flagrante, pas même dissimulée, de mettre dans le rang tous les médias privés (quotidiens papiers gratuits ou non, hebdomadaires, mensuels, chaînes de télévision privées, radios et j'en passe) ainsi que l'ORTF euh pardon, France Télévisions, en coupant les budgets de revenus publicitaires et en indiquant sa volonté de choisir lui-même le président de FTs devrait tous nous faire bondir, même ceux qui comme moi ne regardent plus la TV depuis longtemps. Pourquoi ? Parce qu'on le veuille ou non, les médias sont nos vecteurs d'informations, quel que soit le support que l'on privilégie, et qu'un tel verrouillage des principaux vecteurs ne peut nous amener que vers une standardisation de la pensée, une anesthésie de la réflexion, bref dans l'antichambre de la dictature - ou de l'empire, au choix.

Nous inquiéter enfin car toute cette énergie calculatrice dépensée pour cadenasser ainsi la société n'augure rien de réjouissant quant à l'idée que l'on se fera demain du terme 'LIBERTE' des frontons de nos mairies.

Soyons vigilants !
par C.W. publié dans : Débat et des chaussettes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 23 mai 2008
Depuis quelques jours, le monde de l'enseignement est en ébullition, depuis plusieurs semaines, en colère et en réflexion. Je ne reviendrai pas sur tout ce qui se dit et écrit ici et là, vous êtes assez grands pour le faire sans moi.
Je voulais simplement partager une ou deux choses sur le sujet.

Tout d'abord, concernant l'orientation que semble prendre notre pays quant à l'éducation en s'engageant sur la voie du consumérisme, de l'enseignement assimilé à une entreprise de services, je ne peux qu'être opposé à cette vision qui place les parents et l'enfant dans une position d'exigence non pas de moyens, de sens, d'éthique, de civisme, d'esprit constructif, d'humanité, de sociabilité, d'unité républicaine, de résultats et j'en passe, mais uniquement dans celle de résultats (et de nationalisme primaire ?). Et de fait, cela accentue la séparation des enseignants et des parents dans leur rôle commun, concomittant et complémentaire d'éducateurs.

Deuxièmement, si je concède que des ajustements organisationnels sont nécessaires comme dans toute entreprise (au sens large du terme, pas au sens restrictif libéral), mettre à bas une organisation et des méthodes qui n'ont même pas été évaluées ni par les enseignants, ni par les parents, ni par les enfants, me paraît relever plus de la politique de la terre brûlée que d'une véritable réflexion de fond.

Enfin, si je reste modéré sur le retour à un minimum d'enseignement moral à l'école, la vigilance de la forme et des supports utilisés pour la transmettre me semble vitale pour éviter de tomber dans le préchi-précha d'un autre siècle.
Et cela ne peut passer que par une volonté d'objectivité qui me semble aujourd'hui absente des projets présentés par nos dirigeants : ainsi, lorsqu'on sous-entend - parce qu'on n'évoque aucune autre cause ! - que seuls les fraudeurs sont responsables du déficit de l'assurance maladie (ils ne représentent même pas 5% en réalité) et qu'on omet volontairement de parler du lobby pharmaceutique qui impose des prix, des soi-disant péremptions, des conditionnements inadaptés aux posologies, que l'on garde complètement sous silence les dépassements d'honoraires devenu sport national pour une majorité des spécialistes publiques comme privés et tant d'autres maux à prendre en compte comme causes du déficit de notre couverture santé, nous sommes en droit de douter de l'objectivité des idées avancées.

L'éducation n'est pas une simple fonction ; c'est une composante essentielle d'une société ainsi que pour chaque individu qui la compose.
Dénaturer son sens c'est atrophier l'humanité sociale commune. Et s'engouffrer vers un eugénisme qui ne peut mener qu'à la dictature.
par C.W. publié dans : Débat et des chaussettes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 20 mai 2008

Révision constitutionnelle: «Le Président cherche à augmenter ses pouvoirs en restant incontrôlable»

«Les risques d’abus de pouvoirs et de crise institutionnelle sont considérablement accrus par le projet de révision constitutionnelle, explique Marie-Anne Cohendet, professeur de droit constitutionnel à l'université Paris I. Un homme peut décider seul, de faire pratiquement n’importe quoi, pendant cinq ans, dans des domaines cruciaux pour la survie de la nation, sans que personne ne puisse s’y opposer». Alors que l'examen du projet débute, mardi, devant l'assembleé nationale Marie-Anne Cohendet, en décrypte les dangers concernant la défense nationale.

La deuxième partie de son analyse sera mise en ligne, lundi.

Marie-Anne Cohendet. « Force est de constater que dans l’actuel processus de révision constitutionnelle, les dés ont été pipés, dès le début, par les exigences du Président de la République. En effet, le comité Balladur, en dépit des nombreuses réflexions qu'il a conduites, s’est tout de suite incliné devant la volonté de M. Sarkozy de confier la direction de la politique nationale dans tous les domaines non plus au Premier ministre, mais au Président de la République (par une modification des articles 5, 20 et 21). Heureusement, M. Sarkozy comme M. Fillon ont eu la sagesse de reculer sur ce point. Mais on voit revenir aujourd'hui des dispositions qui modifient l’article 21, et étendent les pouvoirs présidentiels de manière très dangereuse. Dès lors, l’ensemble du projet reste déséquilibré en faveur du Président.

Il faut bien rappeler que le Président, dans la Constitution telle qu’elle a été conçue par le Général de Gaulle, est un surveillant et non un directeur en chef. Tant que ce dernier ne pourra pas être renversé en cours de mandat, il est inadmissible qu’il dirige seul quoi que ce soit. Sa vraie fonction est de vérifier que les pouvoirs publics fonctionnent normalement, conformément à la volonté du peuple et à la Constitution. Il ne doit pas diriger le gouvernement mais veiller à ce qu’il applique bien la politique voulue par le Parlement et par le peuple. C’est seulement lorsqu’il se produit un dérèglement qu’il peut intervenir, par ses pouvoirs propres (dispensés de contreseing). Ainsi, avec la dissolution et le référendum, il peut faire appel aux citoyens. Les gouvernants sont ainsi obligés de respecter la volonté du peuple souverain. La philosophie de Nicolas Sarkozy est tout autre. Il cherche à augmenter ses pouvoirs, en restant toujours irresponsable, c'est-à-dire incontrôlable. Il affirme pourtant sans arrêt qu’il est responsable mais il n’a pas compris ce que cela signifie : être politiquement responsable, c’est pouvoir être révoqué à tout instant quand on ne fait pas ce que le peuple veut.

Presque toutes les modifications qui concernent la défense sont inadmissibles. C’est le retour du vieux mythe du domaine réservé : le Président pourrait diriger seul, ou au moins avoir une prééminence, en matière de défense et de diplomatie. C’est une pure fable du point de vue juridique. Il s’agit seulement d’une pratique, créée par le Général de Gaulle parce qu'elle lui convenait bien.

L’article 8 du projet vise à modifier l’article 21 de la Constitution : on supprimerait la phrase « le Premier ministre est responsable de la défense nationale », que l'on remplacerait par quelques mots plus loin : le Premier ministre « met en oeuvre les décisions prises au titre de l’article 15 en matière de défense nationale ». Ce dernier article dispose que le Président de la République « est le chef des armées ». Un non-juriste - et la majorité des Français - en déduira qu’il n’y a là rien d’anormal, le Président dirigeant déjà la défense. Ce n’est pourtant absolument pas le cas en droit.

Tout d’abord, l’article 15, qui existait déjà presque mot pour mot sous la IVème République, a été créé pour assurer la soumission du pouvoir militaire au pouvoir politique, et non pour affirmer que la prééminence du Président en la matière. Ensuite, concernant la défense, tous les pouvoirs du Président sont aujourd’hui soumis à contreseing. Il ne peut donc faire le moindre acte sans la signature du Premier ministre, qui endosse la responsabilité. Si la décision pose problème politiquement, le Parlement peut renverser le gouvernement et la politique de défense changera totalement.

En pratique, de Gaulle a choisi de diriger lui-même le domaine de la défense, ses successeurs ont fait de même. Ils ont pourtant régulièrement affirmé que ce domaine réservé n’existait pas, jusqu’à M. Sarkozy, qui a dit, pendant la campagne qu’il n’y aurait pas de distinction entre les différents domaines. Cette pratique a été tolérée parce qu’un verrou de sécurité demeure : si jamais le Président impose un peu trop sa volonté, les parlementaires peuvent l’arrêter en renversant le gouvernement. Le Président ne pouvant rien faire sans le Premier ministre, il est coincé. Le chef du Gouvernement peut, au besoin, lui rappeler que c’est lui qui est « responsable de la défense nationale » (art. 21). En période de cohabitation, ce domaine prétendu réservé devient en fait partagé. Il y a une discussion entre le Président et le Premier Ministre, avec une sorte de co-décision.

Cette réforme en matière de défense est tout d’abord profondément incohérente en droit. Ce pouvoir reste en effet soumis à contreseing, il n’y a heureusement pas de révision sur ce point. Juridiquement, ce ne sera donc pas le Président qui dirigera seul la politique de défense, contrairement à ce que laisse entendre le futur article 21. Cela s’oppose d’ailleurs à de nombreux articles, disposant que le Président est un arbitre et un garant (art.5) et qu’il ne peut donc agir en principe qu’avec le contreseing du Premier Ministre (art. 19). En effet, c’est le Gouvernement (art. 20) et non pas le Président, qui « détermine et conduit la politique de la nation », et qui « dispose de la force armée », ce qui est parfaitement normal puisque lui seul est contrôlable en cours de mandat. Cette incohérence s'étend à tous les actes d’application. Le Code Militaire attribue ainsi tous les pouvoirs au Premier Ministre. Seule exception notable, le décret relatif au pouvoir nucléaire datant de 1964, dont la constitutionnalité est pour le moins très douteuse, et qui ne saurait justifier la prééminence du Président. Cette modification de l’article 21 rendrait donc la Constitution gravement incohérente. Mais, plus encore, elle poserait de vrais problèmes sur le plan démocratique.

Plus concrètement, le projet de révision constitutionnelle est très inquiétant, car en matière de défense, les parlementaires se retrouveront dépourvus de tout contrôle. Par exemple, si le Président prend une décision que les parlementaires jugent inacceptable, ils auront beau renverser les gouvernements, le Président pourra leur répondre que le Premier ministre est seulement un exécutant dans ce domaine du fait des nouveaux termes de l’article 21. Le Premier Ministre pourrait refuser de signer les actes présidentiels, mais il risque de se sentir obligé de se soumettre, en raison de ce nouvel article. Ni le peuple ni les parlementaires ne pourront arrêter le Président, sauf à provoquer une crise grave. Les risques d’abus de pouvoirs et de crise institutionnelle (pas seulement en période de cohabitation) sont donc considérablement accrus. C’est très grave au niveau des principes démocratiques, un homme peut décider seul, de faire pratiquement n’importe quoi, pendant cinq ans, dans des domaines absolument cruciaux pour la survie de la nation, sans que personne ne puisse s’y opposer.

D’autant que la responsabilité présidentielle a été réduite par la récente révision de la Constitution. Il ne peut être destitué « qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat » (art. 68 C.). La nouvelle rédaction de l’article 21 sera tellement incohérente qu’il sera difficile de convaincre les parlementaires (ou le peuple) que le Président abuse manifestement de ses pouvoirs en imposant sa politique de défense au Premier ministre et donc au Parlement.Il n’y a pas une démocratie digne de ce nom dans laquelle un chef de l’Etat possède de tels pouvoirs, en matière de défense, sans aucun contrôle et/ou sans limitation par un Parlement vraiment indépendant (Etats-Unis). C’est extrêmement dangereux.

Trois grands arguments sont régulièrement avancés pour justifier cette augmentation des pouvoirs présidentiels. Le premier est que l’on se contenterait de rendre la Constitution conforme à une pratique constante. Nous venons de voir que c’est faux. D’abord parce que cette pratique n’est pas constante mais variable, en fonction des cohabitations notamment. Ensuite et surtout puisque cette révision supprimerait le garde-fou fondamental qui existe aujourd’hui, à savoir le fait que le pouvoir de décision appartient en droit à un organe qui peut être contrôlé et révoqué à tout instant : le Premier ministre. Le deuxième argument est celui de l’élection du Président directement par le peuple. Il serait donc normal qu’il dirige la défense. Dans tous les autres pays de l’U.E., même lorsque le Président est élu directement par le peuple, il n’a jamais le pouvoir de diriger seul la politique, y compris en matière de défense. Certains ont évoqué le Président finlandais : c’est faux, depuis la réforme de 2000, tous ses actes importants sont soumis à contreseing, y compris en matière de défense. Cet argument ne tient donc pas. Un troisième argument, double, est invoqué : le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral. Ces éléments démontreraient la prééminence du Président et justifieraient donc l’augmentation de ses pouvoirs en matière de défense. L’argument du quinquennat ne tient pas. Si on avait voulu réviser la Constitution pour que le Président dirige tout, il aurait fallu soumettre cette proposition au peuple. Ce n’était absolument pas la question posée lors du référendum. Par exemple, j’ai personnellement voté pour le quinquennat, afin d’avoir la possibilité de sanctionner le Président tout les 5 ans, plutôt que tout les 7 ans. Je n’ai jamais eu l’intention que le Président ait plus de pouvoirs. Quant à l’inversion du calendrier, elle pose réellement problème puisqu’elle augmente la soumission des parlementaires envers le Président. Mais c’est une escroquerie intellectuelle de prétendre que cette inversion imposerait, en droit, la prééminence du Président. Il s’agit d’une soumission politique de fait et non pas d’une soumission en droit.

La suite à lire ici

par C.W. publié dans : Débat et des chaussettes
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Dimanche 2 mars 2008
 
 
Comme ce monsieur écrit mieux que moi sur le sujet et possède une crédibilité plus importante sur le sujet (prof agrégé de droit à Science Po), je me permets de remettre ici sa prose que vous n'avez peut-être pas lue.
Nicolas Sarkozy a eu raison de choisir comme terrain d’intervention publique le droit, la nouvelle loi sur la rétention de sûreté et les moyens de la mettre en œuvre après la décision du Conseil constitutionnel du 22 février. Il a eu raison de choisir ce domaine, parce qu’il relève par nature du domaine présidentiel. Les Français attendent de lui qu’il cesse d’être un candidat en campagne pour devenir un président en fonction. Qu’il cesse d’être ministre de tout pour devenir président de l’essentiel. Ils ne lui demandent pas des nouvelles de sa situation amoureuse, pas davantage de trancher le conflit des taxis, encore moins d’instaurer des obligations mémorielles à l’école primaire. Cette fois, donc, le Président ne s’est pas trompé de terrain. Mais il s’est trompé sur tout le reste, commettant trois erreurs et une faute.

Première erreur, la décision du Conseil constitutionnel aurait dû le combler. Le pouvoir en place ne pouvait guère espérer meilleur résultat. Il était en effet quasi inespéré que le juge constitutionnel accepte l’instauration de la possibilité d’un enfermement à vie après avoir purgé sa peine, sans avoir commis le moindre nouvel acte répréhensible, sans avoir fait preuve d’un comportement effectivement dangereux, pour soi ou pour autrui. Il l’a fait en estimant qu’un tel enfermement n’est «ni une peine, ni une sanction ayant le caractère d’une punition». A se demander ce qui serait une peine ou une sanction punitive. Et il était obligé de se livrer à cet audacieux déni de qualification, sans quoi la loi eût été contraire aux principes fondamentaux du droit pénal, consacrés dès la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : nul ne peut être puni s’il n’a commis un délit. Le chef de l’Etat aurait dû se réjouir d’un sophisme qui permettait à la loi par lui voulue d’entrer un jour, au moins partiellement, en vigueur.

Deuxième erreur, non content de s’offusquer de la décision du Conseil en son for intérieur, il fait part de son dépit. Et non content de s’en tenir là, il cherche le moyen de ne pas la respecter, et d’imposer quand même une application immédiate pleinement rétroactive, bien que le Conseil constitutionnel l’ait déclarée contraire à la Constitution. En mettant ainsi en cause une décision du juge constitutionnel suprême dans les vingt-quatre heures qui suivent son prononcé, le chef de l’Etat oublie (pour employer un euphémisme) l’article 62 de la Constitution, selon lequel «les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d’aucun recours. Elles s’imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles». Il oublie également (autre litote) l’article 5 de notre loi fondamentale, qui dispose que «le président de la République veille au respect de la Constitution».

Troisième erreur, au lieu de demander discrètement au ministre de la Justice de rechercher d’autres solutions pour les criminels déjà condamnés, le chef de l’Etat s’adresse publiquement au premier président de la Cour de cassation. Ce faisant, il risque d’instituer ce dernier en juge constitutionnel supérieur du Conseil constitutionnel. En toute hypothèse, il oublie (pour poursuivre dans la modération) la suite de l’article 5, disposant qu’«il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics».

Ces trois erreurs relèvent donc d’une absence de lecture de la Constitution, ou, à tout le moins, d’une lecture des plus contestables de cette dernière. Elles sont donc fort regrettables de la part de la plus haute autorité politique de l’Etat, qui devrait la respecter et en inspirer le respect. Le plus probable reste cependant qu’elles demeurent sans suite grave du point de vue de l’Etat de droit. Si bienveillant soit-il à l’égard de son requérant, on imaginait mal le premier président de la Cour de cassation proposer d’ignorer ou de violer la décision du Conseil constitutionnel. Il s’y est d’ailleurs refusé.

Où l’on en vient à la faute, lourde de tous les dangers. Elle réside dans les justifications apportées par le président de la République lui-même à sa démarche sans précédent. A savoir, le refus de laisser en liberté «des monstres», parce que «le devoir de précaution s’applique pour la nature. Il doit s’appliquer pour les victimes». Voici les grands mots lâchés, qui ne peuvent que susciter l’adhésion immédiate dans notre vidéocratie compassionnelle. «Monstres», «victimes», «précaution». Qui peut souhaiter de nouvelles monstruosités ? Qui peut accepter de nouvelles victimes ? Qui peut leur refuser toute précaution ?

Sauf que ce raisonnement correspond exactement à celui qui fut tenu des siècles durant pour justifier les pires supplices en place publique. Celui qui fut tenu, et l’est encore en certains pays, pour justifier le maintien de la peine de mort. Celui qui fut tenu, et l’est encore par certains gouvernements, pour justifier la torture à l’encontre de terroristes ou supposés tels. Placer un devoir de précaution au-dessus des principes constitutionnels, et le souci des victimes au-dessus de la non-rétroactivité de la loi pénale plus dure, c’est rompre avec plus de deux siècles de droit pénal civilisé. Voilà pourquoi il paraît légitime, par-delà toute préférence politique, d’y voir une triste combinaison entre le populisme pénal qui a dicté l’adoption d’une telle loi et le populisme constitutionnel qui veut l’appliquer par-delà les principes supérieurs de notre droit.

Olivier DUHAMEL, professeur agrégé de droit public à Sciences-Po (à ne pas confondre avec Alain...).
Article publié initialement dans Libération le 27 février 2008

par Olivier DUHAMEL publié dans : Débat et des chaussettes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 11 février 2008
Vous avez été plusieurs à m'envoyer un document  qui circule sur internet ces derniers temps à propos de l'Arche de Zoé et des dessous de l'histoire qui interrogent.

Depuis le départ, cette histoire d'ONG récupérant des enfants me paraît plus complexe que ce que les médias ont bien voulu nous en dire.

Malgré diverses fouilles, difficile aujourd'hui de dire si ce qui est véhiculé dans le document en question possède une part de vérité , notamment le point principal avançant la théorie de l'utilisation d'enfants du tiers monde comme cobayes par un laboratoire pharmaceutique. C'est pourquoi je ne mets pas le document en question en ligne, histoire d'éviter toute embrouille ou fermeture de blog.

Si le flou artistique entretenu par les médias français n'arrange rien à notre compréhension - et malgré une propension assumée à m'emporter facilement - je suis très prudent sur tout cela.

Il ne faut pas oublier que le Tchad est un bastion de la "Françafrique" et reste un terrain de lutte entre la France, les Etats-Unis et la Lybie depuis des décennies (cf. note du 11 décembre dernier Revue de détails) et que le dirigeant Tchadien est un président autoproclamé qui a régulièrement des comptes à régler avec l'état français eu égard au long historique commun des deux pays. De là à dire qu'une tentative de manipulation des idées soient lancée, il n'y a qu'un pas. D'autant que je n'ai rien trouvé sur le site de La Planète Bleue à ce sujet (mais peut-être ai-je mal cherché), et qu'un site comme Voltairenet.org  - celui-là même qui soutient que les attentats du 11 septembre sont un coup monté par les USA pour pouvoir mettre en place leur politique antiterroriste - relaie l'idée avancée, mais sans réelle preuve tangible.

Alors oui, par un jeu de cascade il est possible de trouver des liens entre Bio Alliance Pharma, Paris Biotech Santé et l'Arche de Zoé. Oui l'UNICEF s'est fendue d'un commentaire discret mais interrogateur. Mais non, aucune certitude, aucune preuve irréfutable ne m'a convaincu. J'ai la faiblesse de croire encore à la présomption d'innocence plutôt qu'à la présomption de culpabilité. Je ne condamne donc pas tout en restant vigilant aux informations que je croiserai sur ce sujet.

Pour compléter, je vous invite à lire également ce que dit wikipédia de cette association, à lire cet article de Libé et à continuer de fureter ici et là à l'affut d'infos.

PS : si je choisis de ne pas condamner sans preuve, je reste convaincu que ce genre de chose puisse exister - ADZ ou autre, l'homme ayant largement démontré sa capacité à organiser l'horreur.

par C.W. publié dans : Débat et des chaussettes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

La photo

Blog : Business sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus