Quand c’est fini, tout recommence. Le couple franco-libyen connaît actuellement une nouvelle période d’embellie, après une longue phase de glaciation liée aux activités terroristes du colonel Kadhafi, mais aussi à ses coups de boutoir répétés au Tchad, une chasse gardée de la France sur le continent africain.
Tout débute sous les meilleurs auspices. Quand il prend le pouvoir, en 1969, le jeune Kadhafi apparaît comme un nationaliste anticommuniste, inspiré par Nasser. En pleine guerre froide, il va bénéficier du soutien des Occidentaux. En 1973, il est reçu chaleureusement à Paris par le président Georges Pompidou. La France signe alors à tour de bras des contrats d’armements avec Tripoli : Mirage F1, hélicoptères Super-Frelon et Gazelle. La société Thomson assure aussi la couverture radar du pays.Cette idylle naissante va pourtant tourner court. Kadhafi nourrit d’ambitieux projets pour son pays qu’il veut ériger en pivot d’un Maghreb uni. A défaut, il se tourne vers son flanc sud et se montre de plus en plus entreprenant au Tchad. Durant les années 80, notamment après l’installation au pouvoir à N’Djaména d’Hissène Habré, avec l’aide active des Français, les deux pays sont en guerre sur le territoire tchadien.En 1983, les troupes françaises bombardent des positions libyennes dans le nord du Tchad. L’année suivante, François Mitterrand rencontre Kadhafi, sur l’île de Crête, et l’on croit alors à un timide réchauffement. Erreur : en février 1986, l’armée française lance l’opération «Epervier» au Tchad pour contrer une nouvelle offensive libyenne.Ennemi public numéro 1. Deux mois plus tard, le président François Mitterrand s’oppose toutefois au survol du territoire français par les avions américains qui vont bombarder le palais du colonel à Tripoli et Benghazi. Blessé, Kadhafi sort aussi meurtri de cet épisode par la mort de sa fille adoptive.A la fin de la décennie 80, le colonel libyen tient, avant Saddam Hussein, le rôle d’ennemi public numéro 1 pour les Occidentaux qui lui imputent la responsabilité des attentats contre la Panam à Lockerbie (Ecosse) en 1988, et en 1989 contre un DC 10 de la compagnie française UTA au Niger. Américains, Britanniques et Français exigent l’extradition de hauts responsables libyens soupçonnés dans ces deux affaires, et des compensations financières pour les familles. Mais il faudra attendre la fin des années 90 pour que Tripoli finisse par céder.Réconciliation. Le rapprochement avec Paris se dessine. En octobre 2002, le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin se rend en Libye où il aborde le dossier ivoirien. Kadhafi, qui abhorre la présence des troupes tricolores en Afrique, est soupçonné d’avoir soutenu, via son obligé du Burkina Faso, le président Blaise Compaoré, les rebelles qui ont tenté de renverser Laurent Gbagbo à Abidjan, provoquant une crise sans précédent dans l’ex-vitrine de la France en Afrique.Mais dans cette course à la réconciliation avec un pays aux réserves en pétrole et en gaz alléchantes, les Américains et les Britanniques ont pris une longueur d’avance. En 2003, à la surprise générale, Londres et Washington annoncent avoir négocié avec Tripoli l’abandon de son programme nucléaire militaire.Depuis, Paris est dans les starting-blocks pour signer des contrats, notamment d’armements. En novembre 2004, Chirac s’était rendu à Tripoli pour ouvrir la voie aux entreprises françaises. Mais l’affaire des infirmières rendait le business périlleux politiquement.Aujourd’hui, en dehors des intérêts commerciaux et stratégiques, c’est paradoxalement le Tchad qui rapproche la France et la Libye. Les deux pays, qui redoutent la possible prise du pouvoir à N’Djaména par un affidé de Khartoum, à la faveur de la crise au Darfour, soutiennent le président Idriss Déby. «Je suis très heureux d’être dans votre pays pour parler de l’avenir !», a écrit Nicolas Sarkozy lors de son déplacement à Tripoli la semaine dernière. Kadhafi, lui, espère se rendre rapidement à Paris, pour un voyage en forme de réhabilitation définitive.
Que faut-il penser du passage du dirigeant libyen sur le sol français ?
Les parangons de la vertu s’offusquent qu’un sanguinaire despote soit accueilli comme tout autre grand ponte au sein de notre belle république, berceau des droits de
l’homme. Pour ma part, si mes convictions condamnent fermement le personnage et ce qu'il représente, elles condamnent également le pataquès médiatique qui en résulte.
Et alors quoi ?
Muammar Kadhafi est un des rares dirigeant du Moyen Orient qui soit là depuis plusieurs décennies (1970 si ma mémoire est juste) ce qui, malgré tous ses (nombreux) travers et l’absence de volonté
démocratique, a conféré à son pays une stabilité enviée par une grande partie de la région.
C'est un des seuls qui est parvenu à traverser la guerre froide, le boxon israëlo-arabe, la fin du XXème siècle, un affrontement larvé avec la France (Tchad), les USA (Soudan) et presque tous ses
voisins, échappé à la main-mise soviétique et aux bombardements français et américains tout en prônant le terrorisme, et qui peut se targuer d'être encore en vie pour proposer aux anglais,
américains, allemands et français d'une part un énorme gâteau économique à se partager, et d'autre part une influence
toujours intacte sur une grande partie de l'Afrique et du Moyen Orient non négligeable en ces temps troublés.
En outre, premier au hit parade US de l'homme à abattre bien avant Laden, Hussein et Ahmadinejab (1), il est l'occasion rêvée pour les occidentaux de se racheter du lamentable gachis irakien et
de l'incompétence des services secrets à retrouver le cheik saoudien terroriste bien connu.
Enfin, en le réhabilitant sur le plan international, il permet d'isoler un peu plus l'Iran et d'éviter (??) - au moins à court terme - une dégradation de la région sur deux fronts, Iran et Lybie.
Car couplé avec la Syrie, le problème kurdo-turc, le Liban, Israël, la Palestine, le Soudan et la poudrière des ex-républiques soviétiques du sud de l'ex-URSS, il y a déjà fort à faire dans le
coin pour tenter de ne pas faire exploser cette poudrière.
Ceci dit et écrit, il n'en reste pas moins que Kadhafi est un despote qui prône encore le terrorisme comme mode d'expression pour les "faibles" (il y a encore quelques jours je ne sais plus où)
et que son pays possède un budget armement à faire se pâmer les fabricants d'armes français, anglais, chinois, russes et américains réunis.
C'est un dirigeant peu recommandable qui n'hésite pas à faire torturer ses prisonniers et qui cultive une paranoïa dangereuse. Mais s'il faut le juger sur ces éléments, il fait pâle figure sur
ces mêmes critères devant G.W. Bush, V. Poutine et même H. Chavez.
Si ce dernier n'est pas encore accueilli en grande pompe à Paris, les deux premiers ont toute l'estime présidentielle et personne ne s'en offusque pour autant. Je rappelle que le premier est
responsable de plus de morts qu'aucun autre dirigeant américain depuis Lyndon Johnson et que le second n'a rien à lui envier.
Enfin, où sont les parangons lorsque nous sous-traitons et faisons des milliards d'euros de négociation avec la Chine, pays certes difficilement qualifiable de terroriste mais où les droits de
l'homme restent un voeu pieux et tous les autres droits une utopie ?
La critique et l'indignation sont nécessaires : elles doivent toutefois s'appliquer équitablement non contre des personnes désignées mais bien contre les injustices et ignominies commises par ces
personnes. Le reste n'est que folklore quand on sait ce que fait l'armée française en Côte d'Ivoire ou n'a pas fait au Rwanda.
Intrinsèquement, viscéralement, je suis d'accord sur le fait qu'accueillir ce triste sire sur notre sol est une mauvaise idée, et je souscris à ce que disait Mme Yade sur le fait que la France
n'est pas un paillasson sur lequel n'importe quel tyran peut venir s'essuyer les pieds (c'est ce qu'elle a dit à peu de choses près). Mon côté râleur me fait toutefois très légèrement tempérer
les choses : balayons un peu devant notre porte (surtout les marxistes léninistes donneurs de leçons) avant de jeter la pierre.
Pour terminer, juste deux choses : un article piqué sur le site du nouvel obs :
Le député UMP Lucas s'insurge contre la visite du colonel Kadhafi à l'Assemblée nationale mardiAP | 10.12.2007 | 14:12"L'honneur des parlementaires, ce n'est pas de se compromettre avec un terroriste", a estimé lundi le député UMP Lionnel Lucas, membre de la commission d'enquête sur la libération des infirmières bulgares en Libye, à la veille de la venue du colonel Kadhafi à l'Assemblée nationale.
"Recevoir toutes les crapules de la planète sous prétexte que ça leur fait plaisir, je pense que ce n'est vraiment pas le lieu d'être", a ajouté le député des Alpes Maritimes, rappelant que "l'Assemblée nationale, c'est quand même celle qui est l'héritière des droits de l'Homme et du citoyen".
"Très franchement, c'est parfaitement inopportun et il faut qu'on arrête cette mascarade", a-t-il déclaré sur RTL. "Nous sommes là pour voter des textes de loi, le budget, nous ne sommes pas là pour faire la cour à celles et ceux qui ont défrayé la chronique internationale."
En tant que membre de la commission d'enquête sur la libération des infirmières bulgares, Lionel Lucas a jugé que "la place du colonel Kadhafi serait plus devant" cette "commission d'enquête pour nous expliquer son rôle dans cette affaire depuis le départ, plutôt que de venir manger des petits fours et de sabler le champagne". AP
et un lien trouvé en faisant quelques recherches pour cet article, qui rappelle quelques éléments des années 80 à conserver en mémoire :
http://www.mitterrand.org/spip.php?article234
(1) avec ça, mes scores de consultations vont exploser : la NSA va venir faire un tour !!





Je viens de terminer le premier tome de la longue marche relatée par Bernard Ollivier, ancien journaliste qui a voulu parcourir la route de la soie à pied, seul.
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