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Dimanche 14 octobre 2007
"La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné, où gisent sans honneurs des morts qu'ils ont cessé de chérir" écrivait Yourcenar.

J'ai la chance de ne pas être d'accord avec Marguerite. Premièrement parce que ma mémoire n'a rien d'un lieu abandonné, les morts cotoyant les vivants sans vergogne et gardant cet espace très actif. Secondo parce que tous ceux qui s'y croisent continuent d'exister, au moins pour moi, que je les rencontre quotidiennement dans la réalité ou non. Enfin, parce que plutôt qu'une ROM (mémoire "morte"), j'ai choisi d'avoir de la RAM (mémoire "vive") certes parfois volatile mais plus efficace.


Alors certains sont parfois surpris que je puisse ressortir les noms et les prénoms de personnes croisées il y a plus de 20 ans et disparues depuis de ma petite vie. Ils font pourtant partie de ce que je suis, et à leur petite échelle ils ont contribué à me construire.
Parfois la réalité télescope tout cela : quelle joie de recroiser une amourette d'enfance ; quel pincement au coeur de voir qu'elle ne se souvient même plus de votre prénom alors que vous, vous vous souvenez même de son nom voire de sa date d'anniversaire !

Que dire de ces photos de classe retrouvées au détour d'un déménagement, au fond d'un carton ou dans un grenier. Les Nicolas, Valérie, Stéphanie, Cécile et autres Flavien ou Denis (rien qu'avec cela, vous pouvez situer l'époque, n'est-ce pas ?) qui ne vous reconnaîtront même pas dans la rue. Que sont-ils devenus ? Ont-ils ne serait-ce qu'une bribe de souvenir de ce que j'étais, de ce que nous étions ? Pascal, te souviens-tu de nos innombrables discussions littéraires ? Yannick, de nos interrogations existentielles ? Laurent de nos jeux discrets en attendant la fin des cours ...
Et comme contrairement à certains, on ne s'était pas donné rendez-vous dans 10 ans - et qu'on approche plutôt des vingt maintenant -, nous ne saurons rien de ce qui finalement restera en commun.

Alors faut-il coucher tout cela sur notre écran ? Encombrer la ROM de nos ordinateurs de cette mémoire pour le jour où la nôtre commencera à nous faire défaut ? Et espérer que l'univers informatique nous aide un jour à retrouver ces pages d'histoire passée ?

En attendant, aujourd'hui, 14 octobre, ma mémoire me rappelle deux souvenirs pas forcément joyeux mais qui sont bien vivants : un truc qu'on ne partage qu'à deux, et puis un anniversaire de départ. Il y a 6 ans, Arnaud s'en est allé brutalement voir de l'autre côté. Il nous manque, mais il est présent, il vit encore, là, dans nos mémoires. Il m'accompagne dans chaque livre lu, chaque film vu, chaque sensation vécue. Il vous accompagne également, quand bien même vous ne le connaissiez pas. Parce qu'aujourd'hui je vous en parle et que demain, vous vous en souviendrez un peu...

La mémoire forge nos souvenirs qui font que chacun de nous se sent vivre.

par C.W. publié dans : Boîte à bidules
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Vendredi 12 octobre 2007

Mao Yushi, économiste chinois et chercheur au centre de recherche Unirule, plaidait il y a peu pour ne pas s’en prendre à ceux qui réussissent et de trouver le juste équilibre entre défendre les riches et agir pour les pauvres.

 
 

« Plaider la cause des pauvres n’est pas suffisant », écrit-il. « Les pauvres ont besoin d’actions concrètes en leur faveur. Il faut les aider pour que leurs enfants puissent faire des études, pour qu’en cas de maladie ils aient les moyens de se faire soigner, […] pour que ceux qui, par malchance, tombent sur un patron filou puissent trouver quelqu’un pour les aider à se défendre. Je suis aussi favorable à ce qu’on parle pour les pauvres, car leurs droits ont aussi besoin d’être protégés. Mais je suis contre ceux qui le font par démagogie, pour mettre l’opinion publique de leur côté, ceux dont les propos ne servent pas les intérêts des pauvres. Par exemple ceux qui encouragent les pauvres à s’opposer aux riches, qui présentent les riches comme des coupables, qui affirment que les pauvres et les riches sont deux groupes antagonistes ou encore qui avancent l’idée de dépouiller les riches. […] En fait, quand je parle en faveur des riches, ce n’est pas seulement eux que je défends mais la cause de la multitude des pauvres, car ceux-ci sont amenés à devenir riches un jour. Si on élimine les riches, quel avenir restera-t-il aux pauvres ? […] La seule solution est donc de protéger à la fois les riches et les pauvres ; il s’agit des droits de l’homme ».

 

Tenir de tels propos en République Populaire de Chine entraîne nécessairement de vives réactions. En France, c’est un peu la même chose et finalement c’est dommageable pour tout le monde. Affirmer une telle opinion vous catalogue immédiatement à droite de l’échiquier politico-économique alors qu’à bien y réfléchir, plaider la cause des riches dans l’intérêt général est une idée sinon socialiste au moins communautaire.

 

L’utopie de l’égalité doit-elle finalement se muer en équité ? Ce serait à mon sens un premier pas vers le début d’une fraternité beaucoup plus grande.

par Milo KASK publié dans : Théodore
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Mercredi 3 octobre 2007
François Bayrou président du Modem
«Quelque chose d’essentiel est en jeu»
 
Par principe, je ne signe jamais de pétition. La seule exception avant celle-ci fut celle sur les prisons. Je donne ma signature contre les tests ADN car quelque chose d’essentiel est en jeu. Premièrement, il s’agit de ramener à la biologie et à la génétique la relation humaine la plus précieuse qu’est la relation familiale. Or, il y a beaucoup d’enfants qui s’épanouissent dans le cercle de famille sans être pour autant les descendants biologiques de leurs parents. Par humanisme, notre vision de l’homme est que le lien familial ne peut se réduire au seul lien génétique. Deuxièmement, il s’agit de l’installation de mécanismes de recours à la génétique dans la régulation de problèmes de société. Troisièmement, on considère que l’immigré doit relever pour sa vie de famille de mécanique biologique que pour l’instant on ne songe pas à imposer aux citoyens français.
 
Charles Berling acteur
«On ne ferait pas ça à une famille française»
 
J’ai juste un truc à dire. On ne ferait pas ça à une famille française. Si c’est la loi du sang qui prime, c’est tout simplement terrifiant. Qu’est-ce que c’est une famille aujourd’hui? On le sait bien: des compositions, des recompositions. Si le président Sarkozy tient tant à ces tests ADN, il n’a qu’à les appliquer à sa propre famille.
Marie Darrieussecq écrivaine
«Un flicage généralisé»
 
Ce qui m’a choqué, c’est cette idée dingue que la famille serait biologique. Il me semblait qu’on avait évolué là-dessus, que la famille, c’était aussi l’adoption, sans parler de mes convictions sur le droit des homosexuels à adopter. Pour moi, la famille ce n’est pas la nature. Je ne vois pas pourquoi la France contreviendrait à cette idée dès lors qu’il s’agit d’immigration. Cet amendement est un symptôme d’époque, celui d’une atmosphère de flicage généralisé qui va de pair avec un dévoiement de la science. Et fait toujours porter la suspicion sur l’autre, l’étranger. C’est terrible et grotesque d’avoir à signer une pétition pour rappeler ces évidences.
 
Laurent Fabius ex-Premier ministre
«Halte à la surenchère»
 
Quel que soit l’angle sous lequel on l’examine, cette mesure, prétendument faite pour «aider» l’immigration régulière, doit être refusée. Jusqu’ici, le législateur n’a-t-il pas en effet limité avec raison l’usage des tests génétiques à la médecine, à la science et à des procédures judiciaires ? Comment admettre que le droit de la famille et celui de l’enfant soit défini en termes strictement biologiques ? N’y a-t-il pas abus de confiance à citer les «exemples européens» alors qu’ils ne pratiquent en général pas ainsi ? Ne confond-on pas, en ajoutant barrage sur barrage, être ferme et être fermé ? Et même, ne veut-on pas, avec la symbolique des tests, assimiler en filigrane immigré et délinquant potentiel ? Halte à la surenchère sur l’immigration ! Quatre lois en quatre ans, des préfets pressés de «faire du chiffre» en matière de reconduites à la frontière, la chasse aux sans papiers jusque dans les écoles pour leurs enfants, cela fait cher le tribut électoral versé à la droite extrême. L’immigration est une question complexe à traiter sérieusement, pas un filon à exploiter.
 
René Frydman gynécologue-obstétricien
«La génétique ne fonde pas un lien familial»
 
Ce projet est très offensant pour les étrangers. La loi française de bioéthique refuse la biologisation de la filiation et réserve le recours au tests ADN de filiation aux conflits familiaux graves, portés devant les tribunaux. Cette ligne est juste, la génétique ne fonde pas un lien familial. Il y a une quinzaine d’années, l’Inserm avait étudié l’ADN et la filiation de classes entières d’enfants, dans des écoles et avait découvert qu’une proportion non négligeable des troisièmes rejetons d’une famille n’étaient pas l’enfant de leur père… Ainsi, nous appliquerions aux autres une règle que nous refusons. Ainsi, nous exigerions que des informations biologiques servent de passeport à des étrangers. Cela rappelle de très mauvais souvenirs. Il est vrai qu’une minorité de pays européens se réservent la possibilité de demander des tests ADN pour le regroupement familial. Mais dans ces pays, il n’y a pas de discordances de droit : les tests ADN sont libres d’accès pour tous. Il faut aller au-delà, obtenir une harmonisation au niveau européen de l’usage des tests ADN pour l’immigration, sur la base d’une réflexion éthique.
Dominique de Villepin ex-Premier ministre
«Une mesure ni utile ni efficace»
 
Je demande le retrait pur et simple de cette mesure, pour une raison de principe républicain qui dépasse de loin les frontières politiques partisanes. Quelle idée nous faisons-nous du droit de la famille ? Quelle idée de la nation ? Doit-il y avoir une loi pour les étrangers et une autre pour les nationaux ? Cette mesure est profondément attentatoire à nos principes républicains, contraire à la mission universaliste de notre pays. Et elle n’est ni utile ni efficace. Je note par ailleurs que cet amendement divise profondément notre majorité, je pense à Charles Pasqua, à Jean-Pierre Raffarin. C’est aussi le cas au sein du gouvernement, avec les oppositions, notamment, de Bernard Kouchner et de Fadela Amara. Or, sur la question de l’immigration, il faut un très large consensus. Il faut bien sûr lutter contre l’immigration illégale mais avec nos principes, et pour construire une vraie politique d’immigration à l’échelle européenne. Il ne faut pas trahir nos idéaux ni oublier nos objectifs. Il existe une autre vérité, plus stratégique : il est important pour le gouvernement et pour le président de la République de se concentrer sur l’essentiel, et l’essentiel ce sont les réformes économiques et sociales. Tout ce qui nous éloigne de cet objectif n’est pas bon.
par C.W. publié dans : Débat et des chaussettes
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Dimanche 30 septembre 2007
« Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnait des droits. Ces devoirs et ces droits tiennent à la nature de l'homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n'est au pouvoir d'aucun mortel de les supprimer.

Que des enfants, des femmes, des hommes , des pères et mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d'une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle. [...]

Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n'est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères, comme tant d'autres. Un chrétien ne peut l'oublier. »
Mgr SALIEGE - 23/08/1942

En ces temps étranges où la police française renoue avec des rafles (140 interpellations début août 2007 ou  encore 21 arrestations dans un Resto du coeur en début d'année, et les autres exemples ne manquent pas), où le Ministre de l'immigration , de l'intégration,  de l'identité nationale et du codéveloppement Brice HORTEFEUX convoque les préfets qui n'ont pas atteint les quotas d'expulsion (25'000 pour l'ensemble du territoire en 2007) pour leur remonter les bretelles,  ce texte me paraît intéressant à ressortir. Je n'ai aucun mérite, d'autres journalistes (rares, trop rares) l'ont fait avant moi ces derniers temps.
Combien de temps encore allons nous tolérer que nos dirigeants fassent aussi peu de cas des droits de l'homme dont nous sommes pourtant le pays fondateur ? Faut-il que nous attendions qu'un membre de notre famille ou un ami soit directement concerné pour nous opposer ? Où sont les politiciens dits démocrates qui devraient faire entendre notre voix ? Où sont les Besancenot, les Jospin, les Royal et Fabius, les Bayrou qui se targuent de vouloir donner des leçons de politique et de démocratie à tout bout de champ ? Je suis outré de ne pas les entendre plus, venir en tribune - au parlement ou dans les journaux - pour dénoncer la radicalisation et le traitement uniquement statistique d'être humains. Demain, nos enfants nous jugerons de ce que nous n'avons pas empêché, de ce que nous avons laissé faire. Puissions-nous avoir la fierté d'être restés humains...
par LE RALEUR publié dans : Râlerie
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Mardi 18 septembre 2007
"L’utilisation de tests génétiques pour contrôler l’immigration, actuellement en discussion au Parlement, constituerait une mesure régressive profondément choquante, car elle viserait à discriminer une certaine catégorie de la population, et ouvrirait insidieusement la porte au fichage génétique".

Le texte de la pétition de "Sauvons la recherche" (en entier là) débute ainsi. Outre le fait que le législateur français commencerait à sortir des fondements de la loi sur la bioéthique - à l'époque signée par Fillon (Ministre de la Recherche) et Sarkozy (Ministre des Finances) -, cela placerait la république dans une position de discrimination - voire de xénophobie - ce qui est illégal.

Une fois de plus, sous les pretextes fallacieux de renforcer la sécurité, contrôler les flux migratoires et réprimer  la clandestinité, le gouvernement avance une loi liberticide et ô combien dangereuse. Car une fois la porte ouverte à cette possibilité, aucun obstacle ne viendra s'opposer au même mécanisme de raisonnement pour d'autres cas de figure : Il n'y a pas si longtemps, la loi obligeait certains à porter une étoile jaune et de telles dispositions vont dans le sens de l'éthnicisation de  la société, pour le plus grand péril de la nation. Car stigmatiser, écarter, et dans ce cas précis faire preuve d'ostracisme (au sens moderne du terme, pas au sens athénien) à l'égard d'une partie de la population, c'est saper un peu plus les tentatives pour que chacun dans ses différences se sentent toutefois appartenir à une même nation, un même pays, une même société.

Il nous est une nouvelle fois proposé non pas de nous rassembler mais bien de continuer à nous diviser, qui plus est sur un sujet éthiquement complexe mais humainement clair. J'espère que nos députés auront la lucidité de rejeter une telle idée.

par Milo KASK publié dans : Râlerie
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