Alors bien sûr, avant d'entrer dans le vif du sujet, il faut se réjouir que 233 députés ont tout de même voté contre la loi Création et Internet (296 pour). Il faut souligner que parmi ces 233 votants, il y a 6 députés UMP. Il y a également 17 députés UMP qui se sont abstenus. Les 284 autres ont malheureusement voté pour. Passons sur Jack Lang qui s'est trompé de bouton de vote...
Alors elle dit quoi cette loi qui va à l'encontre du droit communataire (amendement Bono voté à 88% par les eurodéputés) ?
Le titulaire de l’accès à Internet aura donc l’obligation de veiller à ce que celui-ci ne fasse pas l’objet d’une utilisation aux fins de porter atteinte aux droits de propriété littéraire et artistique. Le manquement répété à cette obligation de surveillance pourra donner lieu à la suspension de l’accès pour une durée d’un an assortie de l’impossibilité de souscrire pendant la même période un autre contrat auprès de tout opérateur – sauf acceptation de la transaction proposée par la Haute Autorité, ayant pour objet de ramener la durée de la suspension à un ou six mois. Donc, veillons, veillons et commençons à sécuriser notre réseau wifi avec plein de clef s WEP. Je sens déjà une grande partie de la population internaute française se liquéfier : kécécé clef WEP ? Comment ça mon wifi il n'est pas sécurisé ? Tiens, au passage, l'UFC ou 60 millions de consommateurs, je ne sais plus, a fait un test en présence d'un huissier dans Paris pour démontrer qu'en quelques minutes, on pouvait pirater n'importe quel réseau wifi même sécurisé avec des petits logiciels disponibles sur le net... De quoi calmer les ardeurs de tout le monde.
Bref, même de bonne foi, je souhaite bon courage à quiconque veut sécuriser son wifi à 100%. D'autant que des FAI proposent actuellement le système de "spot" pour pouvoir se connecter en nomade : lorsque je suis à Bordeaux ou Nancy, les clients du même FAI que moi ont une jolie "box" comme moi (le modem-routeur wifi) qui dispense deux réseaux : le normalement sécurisé personnel et un second faisceau accessible par n'importe qui à portée de PC simplement en entrant un identifiant + mot de passe usurpables à merci. Ami bordelais ou nancéen, c'est toi qui te fera choper. Je passe sur les magnifiques réseaux gratuits illimités dans de nombreux restaurants d'une grande chaîne de fast-food, ceux de la SNCF ou encore les réseaux des écoles, universités, entreprises... utilisés et/ou utilisables sans trop de difficultés. J'attends avec impatience que les premiers DRH, DAF et autres services informatiques de grandes boîtes comme Renault, EDF ou Bouygues Télécom se fassent attraper la main dans le sac, histoire qu'on rigole un peu. Ou mieux, les fils et filles de députés UMP - bien plus au fait de la réalité - qui fassent "flasher" l'IP de l'ordinateur à papa pour se retrouver avec Hadopi sur le dos...
En attendant ces prochaines réjouissances, il y en a un qui ne rigole pas du tout, c'est M. Jérôme BOURREAU, ex salarié de eTF1, filiale de TF1, qui, pour avoir eu un comportement de citoyen normal s'est vu mettre à la porte du jour au lendemain (Libération du 06/05/09).
Vous avez tous suivi l'affaire, un mail perso argumenté envoyé à sa députée, mail transféré au ministère de la culture pour obtenir un contre-argumentaire, ce dernier le faisant suivre au Directeur juridique de TF1. Si tout le début de la chaîne reste logique, c'est le dernier maillon qui pose question (voire qui offusque) : sous quel pretexte le directeur de cabinet du Ministre de la Culture peut-il bien envoyer au directeur juridique d'une entreprise privée la copie d'un courrier initialement envoyé par un citoyen à son député ?
Imaginez, vous travaillez à l'incinérateur d'ordure de la communauté de communes du coin . En tant que riverain dormant les fenêtres ouvertes, vous écrivez à votre Maire parce que l'arrêté que le conseil municipal veut faire passer, sur le ramassage de poubelles à 5H plutôt qu'à 6H, va vous réveillez tous les jours 1H plus tôt. : vous expliquez pourquoi vous y êtes opposé et proposez même des alternatives.
Votre courrier de simple habitant est transféré à la commission communale qui bosse sur le sujet et un de ses membres, grand copain avec le directeur de la société qui gère les déchets sur les 12 communes du coin - et par-là même votre big boss -, envoie une copie de ce courrier à ce dernier. En quel honneur ?!!
Ou plutôt de quel droit ?!
Si l'on creuse encore un peu, on se rend compte que le citoyen salarié qu'est M. BOURREAU, dans son courrier, ne critique aucunement son employeur mais précise les motifs d'opposition et de questionnement devant un projet de loi de l'Etat !!
Un peu comme si vous, riverain, vous indiquez que c'est seulement l'horaire de passage qui vous dérange, pas le fait que les ordures soient ramassées tous les matins.
Dans les deux cas, en tant que citoyen vous êtes opposé à la future loi / le futur arrêté, pas à ceux qui vont bénéficier des conséquences. Et bien pourtant, dans les deux cas, on vous taxe de "divergence forte avec la stratégie" de l'entreprise pour laquelle vous travaillez et on vous prie de dégager sans autre forme de procès. Le délire complet.
Ce qui arrive à cet homme est extrêmement dangereux pour nos libertés de citoyens et de salariés : imaginez demain comment cela peut se transposer sur les aspects politique, syndical, de croyance et j'en passe : imaginez que demain un amalgame aussi tordu que celui-ci vous fasse licencier pour racisme simplement parce que vous avez signé une pétition de médecin sans frontière ? Imaginez qu'en tant que salarié de Total vous soyez viré du fait d'avoir acheté un autocollant à Greenpeace ?
Le chemin que prend notre démocratie ressemble de plus en plus à une dictature qui refuse de dire son nom.
C'est en cela que la loi Création et Internet est un danger pour la liberté individuelle et plus largement pour la Liberté portée fièrement sur les frontons de nos mairies. Le flicage autorisé par des sociétés privés, régulé par une autorité ne dépendant pas de la Justice , crée un précédent dictatoriale sans précédent : demain nos navigations seront suivies, archivées (ce qui est déjà grandement le cas) mais surtout utilisées pour faire pression sur nous ou nous contraindre en ne respectant plus la présomption d'innocence puisqu'il ne s'agira pas à l'Autorité compétente de démontrer que nous avons commis une infraction mais bien à nous de démontrer que nous n'en avons pas commis.
Je ne suis pas certain de vouloir que mes enfants vivent ainsi.
Pour plus d'informations, je vous invite à lire le post de Maître Eolas à ce sujet, l'article de Numérama et tous les liens qui vont avec, l'article de Libération en question, et enfin le texte du 12 mai de la Quadrature du Net qui fait le bilan de tout ce gâchis.








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